Comment la créativité peut survivre au succès – Elisabeth Guilbert

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Comment la créativité peut survivre au succès ? C’est ce qu’explique Elizabeth Gilbert, auteur de « Mange, prie, aime » dans une conférence TedX de mars 2014, intitulée « Success, failure and the drive to keep creating. En voici la traduction.


Conférence d’Elizabeth Gilbert

Il y a quelques années, j’étais à l’aéroport JFK sur le point de monter dans un avion, quand deux femmes se sont approchées – je ne pense pas qu’elles se sentiraient insultées de s’entendre qualifiées de rudes petites vieilles italo-américaines trapues.

La plus grande, à peu près comme ça, elle vient vers moi et me dit : « Chérie, il faut que je te pose une question. Tu y es pour quelque chose dans tout ce ‘Mange, prie, aime’ dont on parle tant ? »

J’ai répondu : « Oui. »

elizabeth-gilbert-engElle frappe son amie et dit : « Tu vois, je te l’avais dit, c’est elle. C’est elle qui a écrit ce livre adapté du film. » (Rires)

 Voilà qui je suis. Et croyez-moi, je suis très reconnaissante d’être cette personne, parce que tout ce « Mange, prie, aime » a été une vraie chance pour moi. Mais ça m’a aussi laissée dans une position délicate : avancer en tant qu’écrivain en essayant de comprendre comment j’allais pouvoir écrire un autre livre qui plairait autant, parce que je savais déjà que tous ces gens qui avaient adoré « Mange, prie, aime » auraient été incroyablement déçus par tout ce que j’aurais écrit après, parce que ça n’aurait pas été « Mange, prie, aime », et tous ceux qui avaient détesté « Mange, prie, aime » auraient été incroyablement déçus par tout ce que j’aurais écrit après parce que ça aurait prouvé que j’étais encore vivante.

Je savais qu’il n’y avait pas moyen de gagner, et le savoir m’a fait sérieusement envisager pendant un certain temps de tout abandonner et déménager à la campagne pour élever des chiens.

Mais si je l’avais fait, si j’avais abandonné l’écriture, j’aurais perdu ma très chère vocation. Je savais donc que la tâche était de trouver un moyen de stimuler l’inspiration pour écrire le livre suivant indépendamment des résultats négatifs inévitables.

En d’autres termes, il fallait que je m’assure que ma créativité survive à son succès.

Et à la fin, j’ai trouvé inspiration, mais je l’ai trouvée dans le plus improbable et inattendu des endroits. Je l’ai trouvée dans des leçons que j’avais apprises plus tôt dans la vie sur comment la créativité peut survivre à ses échecs.

Donc juste pour confirmer et expliquer : la seule chose que j’ai toujours voulu être toute ma vie, c’est être écrivain. J’ai écrit toute mon enfance, toute mon adolescence. Adolescente, j’envoyais mes mauvaises histoires au The New Yorker, en souhaitant d’être découverte. Après le lycée, j’ai trouvé un boulot de serveuse, j’ai continué à travailler, j’ai continué à écrire, j’ai continué à essayer de me faire publier, sans succès.

Je n’ai pas réussi à me faire publier pendant au moins six ans. Pendant presque six ans, chaque jour, je ne recevais que des lettres de refus dans ma boîte aux lettres. C’était accablant à chaque fois, et à chaque fois je me demandais s’il fallait que je renonce pendant que j’en étais là, que j’abandonne pour m’épargner cette douleur.

Mais ensuite je trouvais la détermination, et toujours de la même façon, en me disant : « Je n’abandonnerai pas, je rentre à la maison. »

Et il faut que vous compreniez, rentrer à la maison ne voulait pas dire rentrer chez mes parents à la ferme. Rentrer à la maison voulait dire revenir à l’écriture parce qu’écrire était mon chez moi, parce que j’adorais écrire plus que je ne détestais l’échec, ce qui veut dire que j’adorais écrire plus que mon propre égo, ce qui en fin de compte veut dire que j’adorais écrire plus que moi-même. Et c’est comme ça que je m’en suis tirée.

Mais la chose étrange est que 20 ans plus tard, pendant la course délirante de « Mange, prie, aime », je me suis retrouvée à m’identifier à nouveau avec la jeune serveuse non publiée que j’étais, je n’arrêtais pas de penser à elle, et je me sentais à nouveau comme elle, ce qui n’avait aucun sens rationnel parce que nos vies ne pouvaient être plus différentes. Elle avait constamment échoué. J’avais réussi au-delà de mes plus folles espérances. Nous n’avions rien en commun. Pourquoi est-ce que soudain je me sentais elle à nouveau ?

Et c’est uniquement en essayant de défiler que j’ai finalement commencé à comprendre l’étrange et improbable connexion psychologique dans nos vies entre la manière de vivre l’échec et la manière de vivre les grands succès.

Je le vois comme ça : toute votre vie, vous vivez une existence en plein milieu de la chaîne de l’expérience humaine où tout est normal, rassurant et régulier, mais l’échec vous catapulte très loin dans l’obscurité aveuglante de la déception.

Le succès vous catapulte aussi brusquement et aussi loin dans la lumière tout aussi aveuglante de la célébrité, de la reconnaissance et de l’éloge. Et un de ces destins est objectivement vu comme mauvais, et l’autre est objectivement vu comme bon, mais votre subconscient est totalement incapable de comprendre la différence entre bon et mauvais.

La seule chose qu’il est capable de sentir, c’est la valeur absolue de cette équation émotionnelle, la distance exacte à laquelle vous avez été projetés loin de vous. Et il y a un réel danger dans les deux cas de se perdre dans les méandres de la psyché.

Dans les deux cas, il s’avère qu’il y a aussi le remède de l’auto-restauration, et c’est là que vous trouverez comment revenir chez vous le plus rapidement et doucement possible, et si vous vous demandez où est votre chez vous, voici un indice : chez vous, c’est tout ce que vous aimez dans ce monde plus que vous ne vous aimez vous-même.

Ça pourrait être la créativité, la famille, l’invention, l’aventure, la foi, le service, élever des chiens, je ne sais pas.

Elisabeth GUILBERTTedX 2014Chez vous, c’est ce à quoi vous consacrez votre énergie avec un tel dévouement que le résultat final devient sans importance.

Chez moi, ça a toujours été écrire. Après le succès étrange et déroutant que j’ai connu avec « Mange, Prie, Aime », je me suis rendu compte que tout ce que j’avais à faire était exactement la même chose que j’avais toujours faite en éprouvant l’échec tout aussi déroutant.

Il fallait que je me remette au travail, et c’est ce que j’ai fait, et c’est comme cela qu’en 2010, j’ai publié la redoutable suite de « Mange, prie, aime ». Et vous savez ce qui s’est passé avec ce livre ? C’était raté, et ça va. En fait, je me sentais infaillible, parce que je savais que j’avais brisé le sortilège et j’avais retrouvé le chemin de chez moi : écrire par pur dévouement. Et je suis restée à l’écriture depuis, et j’ai écrit un autre livre qui est sorti l’année dernière et celui-là a été bien accueilli, ce qui est bien, mais ce n’était pas le but.

Le but est que je suis en train d’en écrire un autre, et j’en écrirai un autre après et un autre et un autre et beaucoup seront des échecs, certain auront du succès, mais je serai toujours en sécurité du hasard des tempêtes des résultats tant que je n’oublierai jamais où j’habite.

 Je ne sais pas où est chez vous, mais je sais qu’il y a quelque chose dans ce monde que vous aimez plus que vous-même. Quelque chose qui vaut la peine, donc la dépendance et l’engouement ne comptent pas, car nous savons tous que ce ne sont pas de bons endroits où vivre. Pas vrai ?

La seule astuce est que vous devez identifier la meilleure chose, la plus précieuse que vous aimez le plus, et y construire dessus votre maison et ne bougez pas de là.

Et si un jour vous deviez pour une quelconque raison vous faire chasser de chez vous par un grand échec ou un grand succès, votre travail, c’est de retrouver le chemin de votre chez vous.

La seule manière, c’est tête baissée et vous appliquer avec diligence, dévotion, respect et révérence à n’importe quelle tâche l’amour vous appelle. Vous le faites, un point c’est tout, encore et encore, et je vous promets, j’ai une longue expérience dans les deux cas, je vous assure que tout ira bien. Merci. (Applaudissements)

Auteur : Elisabeth Guilbert

Traduction :  Anna Cristiana Minoli

Elizabeth Gilbert est une romancière, essayiste et biographe américaine, née en 1969. En 2006, elle a publié Eat, Pray, Love : One Woman’s Search for Everything Across Italy, India and Indonesia, traduit en français en 2008, sous le titre Mange, Prie , Aime. Elle y relate son voyage d’un an en Italie (Mange), en Inde (Prie) et à Bali (Aime) à la recherche de son moi profond. Le livre devient un véritable best-seller (10 millions d’exemplaires vendus).

Une adaptation cinématographique avec Julia Roberts dans le rôle principal est sortie en 2010 sous le titre Mange, prie, aime.

Pour en savoir plus :

Mange, prie , aime sur amazon.fr

 

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