L’art de faire un bide, selon James Altucher

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ou comment apprendre de son échec.

Le bidon (ou le bide) en vient à désigner familièrement un ventre bien rebondi. En argot, au XIXème siècle, l’expression « ramasser un bidon » signifie d’abord « s’enfuir » ou détaler ventre à terre. « Faire un bide » n’apparaît que plus tard, au cours du XXème siècle, dans le milieu du théâtre. La locution décrit une scène cauchemardesque pour un comédien : celui-ci se prendrait les pieds dans le décor, tomberait et quitterait la scène en rampant… sur le bide. Aujourd’hui, ces mots désignent toujours un échec, un effet raté.

Dans un article intitulé I Bombed And Then This Is What Blah Blah ,  le multipotentiel James Altucher nous explique ce qu’il a retenu de l’expérience de faire un bide total lors d’un de ses standup. En voici la traduction.


Texte de James Altucher

On aurait pu entendre une mouche voler. Je ne suis pas sûr que mes blagues aient fait rire qui que ce soit.

Je m’étais préparé à faire un bide. J’en avais discuté avec l’humoriste Jim Norton. Je lui avais dit : « J’ai peur que ce soit un désastre. »

Il m’avait répondu : « Ce n’est pas la mort. Quand tu auras compris cela, tu verras que tu n’auras plus peur. »

J’en avais également parlé à l’animatrice du spectacle, qui m’avait dit : « La question n’est pas de savoir SI tu vas faire un bide, mais QUAND, car cela arrivera immanquablement. »

C’est arrivé dix minutes plus tard. J’ai raconté mes blagues. Silence radio.

Mes histoires étaient-elles mauvaises ? Je n’en sais rien.

Je les avais racontées une semaine plus tôt et tout le monde avait ri.

Mais ce soir-là, pour mon troisième passage sur scène, rien. Uniquement le silence et la gêne.

Je ne sais pas trop ce que j’ai raté.

Le comédien Judah Friedlander est passé juste avant moi. Quand il a quitté la scène, je l’ai entendu murmurer « Public de m**** ». Tout du moins, je crois que c’est ce que j’ai entendu.

Peut-être que j’essaie simplement de me rassurer. J’ai besoin de me sentir bien, d’une manière ou d’une autre.

Si le plan A (faire rire le public) est un échec, peut-être que le plan B (« le public est mauvais ») ou le plan C fonctionneront – bien que je ne sache pas encore à quoi correspond le plan C. J’y travaille.

Voici les enseignements que j’ai tirés de cette histoire.

A) Parfois, il n’y a pas de réponse

Mes blagues avaient eu du succès la semaine précédente. Cette fois-ci, elles ont fait un flop. Je ne sais pas pourquoi. J’ai beau avoir enregistré et visionné ma prestation, je n’ai toujours pas de réponse à cette question.

B) Je l’ai fait ! 

J’avais peur de me lancer dans le spectacle comique. Pour tout dire, j’ai même peur de prendre la parole en public. Interviewer des personnes pour mon podcast est une source de stress.

Pourtant, j’ai donné des centaines de conférences. J’ai interrogé des centaines de personnes. J’arrive toujours à faire rire les gens.

Quand j’ai commencé le stand-up, tout le monde m’a répété : « Tu vas FORCÉMENT faire un bide à un moment donné. »

Je n’en croyais pas un mot. Mes deux premières prestations s’étaient déroulées à merveille.

Et BIM ! C’est le drame.

 

C) Je n’en suis pas mort

Jim Norton avait raison. J’ai survécu. Je sais que je dois recommencer. C’est ce qui importe dans l’immédiat ; je ne dois pas laisser tomber.

Mon instinct me pousse toujours à abandonner quand les choses se passent mal. Je veux toujours être le plus intelligent et le meilleur, TOUT DE SUITE.

Pourtant, la seule manière de progresser dans un domaine que l’on aime consiste à surmonter les pires moments, qui sont inévitables.

D) Il est important de se diversifier

Mes plaisanteries étaient très grossières.

J’avais regardé un spectacle de Louis CK quelques semaines auparavant, et j’avais eu l’impression qu’il cherchait toujours les PIRES sujets à aborder sur scène et dépassait ensuite expressément les limites : esclavage, racisme, avortement, etc.

J’ai donc demandé à une amie quel était LE sujet dont elle ne voulait vraiment pas entendre parler ; elle m’a répondu : la maltraitance des enfants.

Par conséquent, au moins la moitié de mes blagues portaient là-dessus.

 

Comme je l’ai déjà expliqué, la première fois que je les ai racontées, le public a ri. Mais la deuxième fois, rien. Certains ont même râlé.

Les gens ne m’aimaient pas. J’avais l’impression d’être de nouveau un ado de 14 ans perdu au beau milieu d’une fête.

Le lendemain, j’ai regardé près d’une douzaine de vidéos d’humoristes dont les plaisanteries étaient « innocentes ».

J’ai visionné les spectacles de Todd Barry, Dan Soder, Jim Gaffigan, Gary Gulman, Judd Apatow, puis j’ai décidé de m’entraîner. J’ai écrit environ 20 plaisanteries « innocentes ».

Je les ai transmises à un ami qui écrit des sketchs de façon professionnelle depuis 25 ans. Il a commenté chacune d’entre elles. Ses remarques étaient géniales. J’ai répété à nouveau le lendemain, puis le surlendemain.

Nous verrons bien.

Quand on donne une conférence, il est plus facile de raconter une histoire qui mène à quelque chose de drôle.

En revanche, quand vous montez sur scène pour assurer un spectacle comique de cinq minutes, vous avez besoin d’une bonne chute toutes les dix secondes (chronométrez Louis CK entre les rires du public, vous verrez).

En gros, le schéma est donc le suivant : histoire/chute/conclusion, puis nouvelle histoire.

C’est dur, mais je veux m’améliorer et me diversifier.

E) Étudiez votre prestation

Il est important d’examiner ce que vous avez fait. Dans mon cas, à cause du stress, je me suis mis à parler plus vite. Je dois donc ralentir le rythme et faire des pauses entre les rires du public. Je ne dois pas me plier à ses exigences.

La seule manière de progresser dans un domaine est d’étudier votre prestation.

L’autre jour, je regardais une vidéo de Greg Shahade qui jouait aux échecs. Il a analysé la partie, une fois terminée.

Il a décrit un mouvement qu’il avait réalisé au milieu de la partie et a expliqué : « Il y a cinq ans, j’ai perdu contre Nakamura. À la fin de la partie, nous avions examiné le jeu et constaté que ce mouvement aurait été bon. Aujourd’hui, cinq ans après, j’ai profité du fait que la partie prenait une tournure similaire pour tenter ce mouvement, et il a fonctionné. »

Vous devez étudier attentivement vos échecs et déterminer ce que vous auriez pu améliorer.

Systématiquement.

F) Respectez l’expérience des meilleurs

Quand je regarde une vidéo de stand-up sur YouTube, il est probable que l’humoriste en question ait 20 ou 30 ans d’expérience.

20 ou 30 ANS !

Je n’en serai jamais là.

Cela n’a rien à voir avec le fait de raconter des plaisanteries pendant une conférence. Dans ces cas-là, généralement, le public me connaît. J’ai plus de temps. Et les gens sont amicaux ; ils sont prêts à me suivre.

Avec le stand-up, c’est différent. L’histoire racontée n’a aucune importance. Le principal, c’est de faire rire le public.

Toutefois, j’adore regarder des spectacles comiques, et je veux progresser. Maîtriser les compétences fondamentales de cet art. Arriver à faire rire le public ne suffit pas ; il faut savoir avancer d’une certaine manière, avoir le courage de dire quelque chose de bizarre et l’assumer.

Il faut savoir gérer les diverses nuances et l’inattendu (car chaque public est différent) en temps réel et réagir de manière appropriée.

Quand vous débutez dans quelque chose qui vous passionne, vous savez que les meilleurs le sont pour une bonne raison. Personnellement, je ne suis pas dupe.

Néanmoins… J’adore essayer des choses et prendre des risques.

G) Pour résumer

  • Tout le monde se plante un jour et survit.
  • Vous devez vous remettre en selle tout de suite après.
  • Enregistrez votre prestation et examinez-la. Apprenez de vos erreurs.
  • Diversifiez-vous et essayez des choses différentes.
  • Entraînez-vous et répétez.
  • Respectez l’expérience des meilleurs. Apprenez en observant les autres.

Je n’essaie pas de changer de métier. C’est le privilège que j’ai. Toutefois, je veux m’améliorer dans une nouvelle discipline.

Le bonheur tient en partie à ces deux éléments : les possibilités et l’expérience.

Les possibilités consistent à essayer des choses que vous n’avez jamais faites, mais que vous pensez possibles.

L’attrait du mystère : c’est ce qui fait que nous, les humains, plus que toute autre espèce, aimons partir à la découverte de nouveaux horizons et sommes capables de nous adapter à un nouvel environnement. Cela nous rend heureux.

L’expérience correspond aux progrès que l’on fait. Vous n’avez pas besoin de vous améliorer dans un seul domaine. Quand j’étais jeune, je pensais que j’irais à l’université, que je trouverais ma vocation et que je continuerais de progresser dans ce domaine.

À la place, je me suis découvert plusieurs passions, et ce n’est pas fini. Associer les possibilités et l’expérience contribue à me rendre heureux chaque jour.

Me tenir seul sur scène. Les grognements du public. L’absence de rires. J’ai cru mourir sur scène.

Mais je l’ai fait. Je suis en vie, en train de vous le raconter. Et je vais recommencer.

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Source : James Altucher 

son site : jamesaltucher.com

Traduction : Brigitte pour Horizoom

James Altucher est notamment l’auteur de plusieurs best-sellers

I Was Blind But Now I See

Choose Yourself Be Happy, Make Millions, Live The Dream

 

Illustrations :

 © Dave and Les Jacobs / Contributeur / GettyImages

James Altucher

 

 

 

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