Multipotentiel et travail – Interview par Planète Douance

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Voici la transcription de mon interview audio réalisé en septembre 2015 par le site Planète Douance, toute l’info sur le haut potentiel.


Planète Douance – Brigitte Roujol, Bonjour

Bonjour.

Planète Douance – Brigitte Roujol, vous êtes consultante : consultante pour surdoués, consultante en créativité, innovation et coach. Vous vous définissez comme multipotentielle. Alors est-ce que vous pouvez nous parler un peu de ce terme de multipotentiel ?

Ce terme de multipotentiel, c’est effectivement un qualificatif que j’ai retenu pour me définir, définir mon profil et un peu ma personnalité… Et puis la personnalité de finalement pas mal de personnes !

Dans certains livres, on parle de surdoués ou de hauts potentiels. En ce qui me concerne, le livre qui a vraiment fait la différence pour mieux me comprendre, c’est « Refuse To Choose » de Barbara Sher qui expliquait, que nous avons plein de compétences, plein de centres d’intérêt, plein de passions, et qu’il n’est pas nécessaire de choisir !

Refuse-to-Choose_barbara_SherLe multipotentiel, c’est ce que Barbara Sher appelle un « scanner ».

Je n’aime pas trop ce terme de « scanner », j’ai préféré retenir le mot multipotentiel, qui exprime cette notion de palette de potentiels.

Planète Douance – Alors Brigitte Roujol, je crois que dans votre vie, vous êtes ce qu’on appelle une touche à tout.

On pourrait dire ça.

Planète Douance – Vous avez fait plein de choses et on vous a souvent reproché dans votre entourage de ne pas aller au fond des choses et de vous désintéresser rapidement de ce que vous faisiez. Est-ce un avantage, un atout ?

C’est vrai que j’ai fait beaucoup de métiers, qui n’ont rien à avoir les uns avec les autres.

De fait, si un DRH voit mon CV, il prend un petit peu peur. Parfois, je suis presque obligée de diminuer mon parcours, mes étapes, même mes compétences et mes formations parce que sinon il devient blême. C’est vrai que je m’intéresse à beaucoup de choses, sur des sujets qui n’ont rien à avoir les uns avec les autres.

Planète Douance – Brigitte Roujol, quelles sont les personnes qui viennent vous voir au niveau des surdoués ?

syndrome_imposteur_interviewEn fait ils venaient sans se dire surdoués. Cela fait 15 ans que j’ai commencé à faire du coaching, j’avais créé à l’époque un portail qui s’appelle Coaching Avenue. J’avais par exemple écrit un article sur le syndrome de l’imposteur, sur le fait de se disperser, sur l’intelligence émotionnelle. Ces articles les ont interpellés et du coup ils m’ont contacté pour les accompagner.

Avec le recul – à l’époque je ne m’étais pas encore auto-déclarée multipotentielle – tous ces gens-là avaient en fait cette caractéristique de s’intéresser à plein de sujets et de se sentir un petit peu inadapté dans le monde d’aujourd’hui.

Qu’est-ce que vous leur apportez concrètement ?

Qu’est-ce que je leur apporte ? Cela dépend bien sût de leur demande.

Il y a des gens, c’est plus trouver un équilibre de vie… Des fois c’est trouver un métier, leur métier de rêve… C’est aussi pouvoir changer de métier, parce que des fois ils s’engagent dans des métiers, et finalement ils ne s’y sentent pas bien, ils veulent voir comment ils peuvent se repositionner.

Je les y aide, puisque moi-même je me suis repositionnée, je ne compte même plus le nombre de fois, dans des métiers très différents.

Je les accompagne sur comment explorer le marché caché. Parce que souvent pour le profil des multipotentiels, il faut absolument explorer le marché caché : il n’y aura en effet jamais l’offre d’emploi idéal dans les petites annonces.

Personnellement, c’est par des cooptations, des heureux hasards de rencontre que j’ai pu obtenir certains postes.

Et je les aide à avoir à peu près la même approche d’exploration des métiers possibles.

Oui.

Cela peut être aussi quand ils ont une idée et qu’ils ne savent pas comment la transformer en argent sonnant et trébuchant. Je les aide aussi à structurer leur modèle économique.

Oui.

Voilà un peu les grandes thématiques.

Planète Douance – D’accord, qu’est-ce que vous rencontrez comme profil ? Je suppose que ça doit être assez hétérogène. Est-ce que vous pensez qu’un surdoué peut plus s’exprimer en tant que libéral ou en tant que personne à son compte peut-être ?

Alors oui, mais ce n’est pas aussi…

Tranché, marqué ?

Aussi clair…

Très bien.

Parce qu’en fait, on peut aussi très bien essayer de s’exprimer en entreprise. J’ai personnellement eu la chance de rencontrer des entreprises avec effectivement des managers qui arrivaient à détecter mon potentiel et à l’utiliser de façon pertinente. Donc il y a des entreprises qui le permettent.

Il y a des entreprises aussi qui permettent de varier les postes occupés, par exemple je pense à des amis qui travaillent chez Air France ou qui travaillent à la SNCF, ces personnes peuvent, si elles le souhaitent, changer de fonction et de métier grosso modo tous les 2 ou 3 ans.

Ok.

Et ce type d’entreprise peut donc très bien convenir à des personnes qui aiment changer.

Planète Douance – Oui, c’est surtout de grosses entreprises avec des postes et des fonctions assez étendues.

Oui. Et cela peut être avec des RH plus éclairés que d’autres.

Et puis après, il y a certains métiers bien sûr. Le métier de consultant, par exemple, il est idéal parce que justement on rencontre des personnes différentes et puis on explore les demandes de ces personnes et du coup, on peut avoir des missions très différentes.

Je réalise des missions très variées que je mets sous une casquette commune qui s’appelle « consultante », mais des fois, elles n’ont rien à voir les unes avec les autres. En ce moment, je suis en train d’accompagner un dirigeant qui veut transmettre son entreprise à ses collaborateurs, j’accompagne une grosse entreprise sur divers projets en mode design thinking. Et je réalise des coachings managériaux dans une administration.

Ok.

jack_of_all_tradesEn fait, je touche à plein de sujets différents avec cette casquette de consultante qui veut tout et rien dire.

Et il y a bien d’autres métiers qui le permettent.

Vous, vous êtes journaliste, c’est aussi un métier qui permet à des surdoués ou des multipotentiels de s’intéresser à plein de sujets, et du coup, ils formalisent le savoir qu’ils ont acquis sur le sujet à travers des articles, des livres.

En fait le surdoué ou le multipotentiel, il doit créer son propre « design de vie ».

Oui.

Il y a des gens comme Tim Ferris qui a écrit la semaine de 4 heures. C’est une personne qui a créé son style de vie, mais il y en a plein d’autres.

C’est plus développé au niveau anglo-saxon, parce qu’il y a une forme de liberté de créer sa vie, qui est moins développée en France ou en Europe. Du moins de ce que je peux observer.

Planète Douance – Oui, alors Brigitte Roujol, est-ce que vous aidez les personnes surdouées à développer, à canaliser leur créativité, leur innovation ? Est-ce que vous les aidez à cerner ce qu’ils peuvent faire et comment ils peuvent le faire ?

En fait les surdoués ne manquent pas d’idées, au contraire, ils en ont presque trop et justement il faut les canaliser !

L’erreur la plus courante faite en matière de créativité, c’est de croire que cela se limite au brainstorming. Mais la créativité et même l’innovation, c’est tout d’abord de clarifier son défi : c’est la première partie.

Une fois qu’on a bien cerné le problème à résoudre, le défi, il faut passer en phase idéative Ensuite quand on a cerné avec la divergence et la convergence les idées, on en fait le tri. Et après on passe à la mise en action.

Le multipotentiel, il faut qu’il soit à la fois clair sur son défi… et à la fois clair aussi sur le tri de ses idées pour justement les mettre en œuvre.

Une des méthodes que je trouve très pertinente pour nous les multipotentiels, c’est la stratégie Disney. Je pense que Walt Disney était lui-même un multipotentiel et un surdoué.

Walt_DisneyDu coup, sans s’en rendre compte, Walt Disney avait structuré une méthodologie où il alternait trois postures, avec trois modes de pensées distinctes qui sont le rêveur, le réaliste et le critique.

C’était un très grand rêveur et un très grand visionnaire. Ensuite il se mettait en mode réaliste, il passait à l’action en se disant, ok, cela peut me prendre 10 ans, 30 ans mon idée, mais je la mets en place et je fais mon plan d’action. Et enfin il activait une autre posture qui est le critique positif, qui essaye de donner toutes les chances de réussite au projet.

D’accord.

Et du coup, il y a un côté itératif. L’intérêt de la méthode, c’est que c’est très visuel, c’est comme une sorte de story-board visuel, on peut dessiner ses idées, on peut faire des plans, comme les éditeurs de revues, avec le « chemin de fer » du prochain numéro de la revue. Et de dire, tiens, cela va passer de telle étape à telle étape.

Planète Douance – D’accord. C’est en quelque sorte un apprentissage à être efficient ?

Oui. De ce que j’observe, c’est que justement les multipotentiels qui réussissent se sont créé leur propre méthode, leur propre mode de gestion de l’énergie, de l’efficacité.

Parce que quand on lit des bouquins, que ce soit la gestion du temps, ou autre, on se rend très vite compte que ce n’est pas du tout adapté à notre profil. Par exemple on préconise le focus, mais le focus, quand on vous dit de choisir une seule chose, pour un multipotentiel, c’est la mort !

Donc, le focus, il faut qu’il l’adapte ! Il l’adapte en prenant 3 ou 4 sujets qui lui tiennent à cœur pendant une durée définie.

Et donc, toutes les méthodes doivent être adaptées à son profil.

D’accord. Madame Roujol, quels sont les cas les plus marquants que vous avez rencontré ?

Quels sont les cas les plus marquants ? J’en ai plein…

Par exemple, un de mes coachés, un grand créatif, très brillant, il avait même une bosse sur le front – cette fameuse bosse des maths, Il était assez attachant.

Cette personne ne comprenait pas la lenteur de ses interlocuteurs : à l’époque il travaillait en entreprise et était un vrai innovateur.

Il avait plein d’idées brillantes, vraiment brillantes, et ses collèges ou les dirigeants ne captaient pas suffisamment vite ses idées. Du coup, il claquait la porte de l’entreprise d’énervement en train de dire, ils ne comprennent rien du tout ! Et en fait trois mois après, les mêmes dirigeants mettaient en œuvre son idée…

D’accord.

rythmes_differentsCe qu’il ne se rendait pas compte, c’est que – il allait tellement vite – les autres n’avaient pas le même rythme de compréhension et d’intégration des idées. Et lui-même, il ne s’adaptait pas au rythme des autres.

Je dirai que c’est de l’intelligence émotionnelle de se dire « Ok, pour mes interlocuteurs cela ne vas pas aussi vite, il faut que je leur laisse le temps de décanter et je referais un point dans 3, 4, 6 mois ».

Du coup, il se brûlait les ailes car chaque fois, il recommençait dans une nouvelle entreprise et il se confrontait à de nouveaux dirigeants qui ne comprenaient pas aussi vite qu’il le voulait et ainsi de suite… Ainsi, de manière régulière, il était en mode échec.

Oui.

Cette même personne, malheureusement, elle a aussi divorcé…

Il n’a pas compris quand sa première femme – il avait plein d’enthousiasme et dépensait beaucoup d’argent sur ses projets – lui a dit : «  Je t’aime mais là stop, car j’ai l’impression que tu vas mettre notre couple, du moins, la famille et les enfants en danger. «

Ils ont donc divorcé, ils ont séparé leurs biens. Il était tout content de venir me revoir plusieurs mois après et de me dire « Voilà, j’ai trouvé une autre charmante jeune femme. Ell est créative… Elle au moins, elle me comprend… Je me sens bien avec elle, ça va… »

Trois ou six mois après, sa nouvelle compagne est tombée enceinte et bien, elle a eu les mêmes réactions que la première femme…

Oui.

Il était de nouveau en processus d’échec parce qu’il ne comprenait pas que les femmes ont aussi besoin de protéger le fruit de leurs entrailles et qu’il y a donc une autre posture d’esprit, une autre carte mentale qui se crée une fois qu’on a des enfants.

Bien sûr, bien sûr.

Cette personne, elle était particulièrement brillante, mais par contre en matière d’intelligence émotionnelle et de compréhension des autres, on pourrait dire qu’elle était nullissime.

Planète Douance – Oui, c’est donc un profil qui tend à devoir s’adapter malgré son grand enthousiasme, c’est malheureusement ce que je retrouve chez beaucoup de surdoués, c’est cette boulimie de vie, cette boulimie d’action, cette boulimie de faire des choses et ce frein qui malheureusement est toujours présent dans la majorité de la population. Peut-être une autre expérience marquante ?

C’est une jeune femme qui était venue me voir parce qu’elle n’avait pas de diplôme, même si elle avait suivi une formation en diététique.

Elle était diététicienne et ça faisait plusieurs mois qu’elle patinait pour trouver un emploi, et son leitmotiv explicatif c’était de dire « Je n’ai pas eu mon diplôme, c’est pour ça qu’ils ne me prennent pas.. »

Mais quand j’ai exploré son parcours, elle avait fait de nombreux stages et était beaucoup plus riche de compétences que ce qu’elle voulait bien reconnaître. Elle avait fait de la diététique dans tous les domaines… Elle avait exploré la diététique les nourrissons, pour les enfants, la diététique pour les personnes en surpoids, la diététique aussi pour les personnes âgées et puis pour les maladies Alzheimer, ainsi de suite..

Finalement, elle était beaucoup plus riche en compétences et en compréhension de la diététique que n’importe quel étudiant qui aurait eu son diplôme.

Oui.

Parce qu’elle s’était intéressé à toutes ces myriades de déclinaisons de la diététique. Et une fois qu’elle a compris qu’elle avait de vrais atouts par rapport à son sujet de la diététique, elle a revu son CV avec mon aide et dans la semaine, elle a trouvé un emploi qui l’a enthousiasmé.

Le fait des fois de re-regarder son parcours différemment et ses centres d’intérêt pour en extraire les compétences qui n’apparaissent pas à première vue dans un CV.

Planète Douance – Un surdoué est-il en sous-valorisation personnelle ?

Je préfère toujours parler de multipotentiel, parce que je n’ai pas vu toute la palette des surdoués. Mon filtre, c’est plutôt les gens qui s’intéressent à de multiples sujets et qui n’ont pas envie de se cantonner que dans un seul…

Du coup j’ai perdu votre question…

Alors je vous demandais si un multipotentiel était toujours en sous-valorisation personnelle ?

Effectivement le multipotentiel, ou le surdoué se sous-estime souvent. Parce que d’une manière générale dans la société actuelle, dans les parcours, les profils, on regarde plus la réussite professionnelle, le titre statutaire, et on valorise moins le spectre des compétences.

Oui.

Du coup il y a toujours quelqu’un qui est plus compétent que lui en matière de piano ou en matière d’art fleural, ou de maîtrise d’une langue, sauf que lui, il oublie qu’il est bon dans ces trois ou quatre compétences.

Peut-être un dernier sujet que vous aimeriez aborder, madame Roujol ?

J’aimerai contribuer à ce que les personnes se reconnaissent comme Multipotentiel.

J’ai beaucoup d’amis qui sont des multipotentiels et quand je leur explique cette notion, et le fait qu’il faut créer ses propres outils de gestion de soi – je parle d’être entrepreneur de soi – cela leur permet d’ouvrir les yeux et de dire « Ah oui, je n’avais pas vu ça comme ça » et cela enclenche une réflexion et une gestion de soi.

Et une gestion de soi, cela commence par le fait de se reconnaitre.

Planète Douance – Brigitte Roujol, merci beaucoup, je rappelle que vous êtes consultante pour les multipotentiels, terme que vous avez peut-être inventé…

Non, je ne l’ai pas inventé, il est utilisé chez les anglo-saxons. Mais je l’ai effectivement adapté au français. Et j’ai aussi créé un blog qui s’appelle Horizoom.com qui aborde ces sujets-là.

Merci Madame Roujol.

Source originale : Brigitte Roujol : Multipotentiel et travail  (Planète Douance)

 

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Auteur

Brigitte Roujol est la fondatrice des sites HORIZOOM et COACHING AVENUE. Elle se considère comme un Esprit Renaissance du 21ème siècle. Elle a en effet eu de multiples vies professionnelles, se réinventant régulièrement. Aujourd’hui, un pied en entreprise, un pied à l’extérieur, elle est consultante en créativité, innovation, spécialiste de la réinvention (de soi, de modèle économique), auteur, coach d’Esprits Renaissance et d’Innovateurs, et maître-verrier à ses heures perdues… Pour la contacter